Soudan : une frappe contre un hôpital met en lumière la recrudescence des attaques de drones contre des civils
Genève, Suisse (PANA) - Le bilan d’une terrible attaque contre un hôpital au Darfour, au Soudan, s’est encore alourdi, dans un contexte de « forte augmentation » des attaques de drones contre des civils cette année, ont déclaré mardi des agences des Nations unies.
L'hôpital universitaire d'Al Deain, capitale du Darfour oriental, a été frappé vendredi soir, marquant un nouveau creux dans le conflit brutal entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) paramilitaires, qui a éclaté en avril 2023.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de personnes tuées s'élève désormais à 70, dont sept femmes et 13 enfants, à l'issue des opérations de recherche.
Des professionnels de santé – un médecin et deux infirmières – figuraient également parmi les victimes, tandis que le nombre de blessés s'élève désormais à 146 personnes, dont des patients et des proches qui les accompagnaient.
Les établissements de santé, une cible fréquente
Depuis le début du conflit, le nombre total de décès liés à des attaques contre des établissements de santé a dépassé les 2 000, selon l’OMS.
« Une attaque contre un hôpital n’est pas seulement une attaque contre un bâtiment, c’est une attaque contre les personnes qui cherchent à se faire soigner, contre les professionnels de santé qui risquent leur vie pour sauver celle des autres, et contre la possibilité même de survivre en temps de crise », a déclaré la représentante adjointe de l’OMS au Soudan, le Dr Hala Khudari.
«Le Soudan entre dans sa troisième année de conflit armé, mais les attaques contre les services de santé se poursuivent », a-t-elle déploré, soulignant que les établissements de santé, les ambulances, les professionnels de santé et les patients ont été « pris pour cible à maintes reprises ».
L'attaque contre l'hôpital universitaire a entraîné sa fermeture effective et les patients « pourraient devoir parcourir plus de 160 kilomètres pour atteindre l'hôpital de référence le plus proche, ce qui est très difficile pour les patients nécessitant des soins spécialisés », a déclaré la responsable de l'agence sanitaire des Nations unies.
Elle a souligné qu’Al Deain servait d’hôpital de référence pour plus de deux millions de personnes dans la ville ainsi que dans neuf autres localités de l’Etat du Darfour-Est.
Recherche des auteurs
Interrogée sur les responsables de l’attaque d’Al Deain, la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), Marta Hurtado, a déclaré que, bien que les auteurs n’aient pas été identifiés, les deux parties au conflit utilisaient largement des drones.
« Nous appelons les deux parties à cesser immédiatement d’utiliser ce type d’armement », a-t-elle déclaré.
Mme Hurtado a mis en garde contre une recrudescence de l’utilisation de drones pour mener des frappes aériennes cette année au Soudan, ce qui « souligne l’impact dévastateur d’armes de haute technologie et relativement bon marché dans les zones peuplées ».
Plus de 500 civils ont été tués lors de ces frappes entre le 1er janvier et le 15 mars, a-t-elle précisé, la grande majorité d’entre eux dans trois Etats de la région du Kordofan.
Ces attaques meurtrières se sont poursuivies la semaine dernière, culminant avec l’attaque d’Al Deain alors que le mois du ramadan touchait à sa fin à l’occasion de l’Aïd El-Fitr.
Condamnation de la frappe au Tchad
La porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a également déclaré que « les attaques de drones se multiplient au-delà des frontières du Soudan, avec un risque sérieux d’escalade supplémentaire, entraînant des conséquences régionales ».
Elle a mentionné les frappes meurtrières de drones de la semaine dernière sur la ville d’At Tina, près de la frontière entre le Soudan et le Tchad, et dans la localité frontalière de Tine au Tchad, « après des offensives terrestres menées auparavant par les Forces de soutien rapide (RSF) ».
« La persistance de ce type d’attaques visant des civils et détruisant des infrastructures civiles soulève de graves préoccupations quant au respect du droit international humanitaire, des principes fondamentaux de distinction, de proportionnalité et de précaution, et pourrait constituer des crimes de guerre », a conclu Mme Hurtado, appelant à la fin des « transferts d’armes qui alimentent le conflit ».
-0- PANA RA/BAI/IS 24mars2026




