Guerre au Moyen-Orient : Menace de pénurie d'engrais dans le monde en raison de la crise du Détroit d'Ormuz
Genève, Suisse (PANA) – Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, marqué par les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran le 28 février, l’inquiétude grandit face à la flambée des prix du pétrole et des matières premières.
Au cœur de cette crise se trouve le détroit d’Ormuz, l’un des points de passage maritimes les plus stratégiques au monde, par lequel transite environ un quart du pétrole mondial transporté par voie maritime, ainsi que d’importants volumes de gaz naturel liquéfié et d’engrais, selon un récent rapport de l’ONU.
Pour mieux comprendre les conséquences de cette perturbation et les conclusions du rapport publié le 10 mars, ONU Info s’est entretenue avec Frida Youssef, chef de la Section des affaires économiques de la CNUCED (Convention-cadre des Nations Unies pour le commerce et le développement).
Conséquences mondiales
Mme Youssef a expliqué que le trafic dans le détroit, où le golfe Persique se rétrécit, est passé d’environ 130 navires par jour avant la crise à un nombre à un chiffre début mars, soit une baisse de plus de 95 %.
Aujourd'hui, le détroit d'Ormuz n'est pas officiellement fermé, mais sa navigation est fortement restreinte en raison des multiples attaques iraniennes contre la navigation depuis le début du conflit.
Ces attaques ont semé la panique sur les marchés mondiaux de l'énergie et fait flamber les prix.
Répercussions au-delà d'Ormuz
“Les perturbations ne se limitent plus au détroit d'Ormuz ; elles s'étendent aux routes maritimes régionales et affectent des chaînes d'approvisionnement essentielles ”, a expliqué Mme Youssef.
Les répercussions de ces perturbations se font sentir dans toute la mer Rouge et au-delà : les navires sont déviés, les trajets s'allongent et les coûts augmentent.
Cette situation accentue la pression sur le commerce international et les organisations humanitaires, qui doivent faire face à des acheminements d'aide plus lents, plus coûteux et moins prévisibles.
Impact sur les économies et les citoyens
Si les conséquences immédiates de la crise du détroit d'Ormuz se traduisent par une hausse des coûts de l'énergie, des transports et des denrées alimentaires, ainsi que par des retards dans les chaînes d'approvisionnement, la baisse des exportations régionales d'engrais risque également d'avoir des conséquences extrêmement graves.
La CNUCED souligne la hausse des coûts de production des engrais, notamment ceux à base d'azote, fortement dépendants du gaz provenant des pays du Golfe.
Cette situation exerce déjà une pression sur la production et la productivité agricoles, avec des conséquences probables sur les prix alimentaires mondiaux.
“ Le temps presse ”, déclare Mme Youssef, de la CNUCED.
Les pays les moins à même d'y faire face
“C'est la saison des semis de printemps, période où les pays et les agriculteurs achètent généralement des engrais pour la prochaine récolte. S'ils ne parviennent pas à s'approvisionner suffisamment – ou si les prix sont trop élevés – les rendements agricoles pourraient diminuer. ”
Les économies les moins avancées du monde " sont celles qui ont le moins de capacité à absorber les chocs et qui en ressentiront le plus fortement les effets ", poursuit-elle.
Pour elles, la hausse des coûts du carburant, des denrées alimentaires, des engrais et des transports pourrait rapidement peser sur les finances publiques et les budgets des ménages.
Cela peut réduire la production alimentaire et aggraver l'insécurité alimentaire, en particulier là où la dépendance aux importations est forte.
Comment l’ONU peut aider Malgré tous ces défis, “ il existe un intérêt mondial commun à maintenir les voies commerciales ouvertes, car des perturbations de cette ampleur affectent toutes les économies ”, insiste Mme Youssef.
La CNUCED suit de près l’évolution de la situation et fournit des données et des analyses pour appuyer les gouvernements, explique-t-elle.
L’agence onusienne contribue également à réunir les gouvernements nationaux et leurs partenaires afin de partager l’information et de coordonner leurs actions, tout en soulignant l’importance de garantir la sécurité et la prévisibilité du transport maritime, conformément au droit international.
-0- PANA RA/NFB/JSG 24mars2026




